.

A board. Comme le tableau. Prof. Enfin voilà quoi.
(Bannière : Création/dessin d'Anne Montel, parce que c'est bô)

" Et parfois je m'extasie sur la grandeur des petits. "

jeudi 19 mai 2016

I need to talk to you about someone.

Il y a tout de même quelque chose que je ne peux pas passer sous silence, et qui restera de cette deuxième année. Ce quelque chose a deux prénoms, quatre bras, quatre jambes, et est haut comme trois pommes (et demi). 

Toujours dans cette nécessité de l'anonymat, je les appellerai Tic et Tac. Soyons foufous. En même temps, ils ne sont pas beaucoup plus hauts que des écureuils de Hyde Park. 

Je suis arrivée en début d'année en recevant d'emblée les étiquettes des élèves : "limitée", "enfant difficile", "tu verras lui il est chiant", et j'en passe. Pour Tic et Tac, ils étaient "épuisants, ne respectaient aucune règle, niveau scolaire très bas, rien n'est fait dans la famille...". (Famille qui en a aussi pris pour son grade mais pour le coup, il n'est pas de mon ressort d'exprimer un quelconque jugement. Même si comme tout bon humain, je n'en pense parfois pas moins, coucou les réflexes de jugements qui auto-rassurent.)

BON OKAY ILS ONT ÉTÉ ÉPUISANTS. MAIS PAS QUE. Merde. 

De l'avis de certains collègues, "On n'est pas là pour les aimer.". C'est une notion qui m'échappe un peu, mais soit. Dans mon propre fonctionnement, je tâche de former une équipe avec mes élèves. Je suis là pour les accompagner, on apprend à se connaître, à s'apprivoiser, c'est cet "habitus" sur lequel j'ai bossé en rédigeant mon mémoire. Et il se trouve que je vais bientôt terminer ma deuxième année et que je fais déjà un constat : je quitte mes classes avec un profond attachement envers mes élèves. Tous. Même les plus discrets. 

Bref, revenons à Tic et Tac. 

Je les ai découverts en septembre. J'ai tout de suite comparé (oui, forcément) à mes anciens élèves et ils m'ont semblé tout à fait sages. Puis sont venues les (longues) semaines de test quotidien. Ce ne sont pas des "méchants" (si tant est qu'un élève puisse être méchant), ce ne sont pas des élèves qui sont dans le désir de faire mal, d'embêter. J'ai compris que pour Tic, l'agressivité était le moyen de communication familial, et que Tac était totalement livré à lui-même et à ses carences affectives. J'ai pourtant pu discuter avec des parents aimants et désireux de bien faire, pour l'un comme pour l'autre. Comme qui dirait, c'est la vie qui les a un peu mis là, quoi. 

Mais restent ces difficultés : ils ne tiennent pas en place. Ils cherchent le conflit. Ils manquent concrètement de repères (quel jour sommes-nous? c'est l'heure de la cantine?). Tic est déconnecté de tout pragmatisme, Tac est tout plein de colère. Mais TOUT est fait pour que cela aille mieux. Nous avons mis en place des réunions, des interventions diverses, et c'est ce qui aide à tenir le coup : des choses sont faites. 

Et maintenant, il me semble important de dire aussi ce qui n'a PAS été difficile avec eux. 

- La fierté dans les yeux de chacun quand je les félicite pour un progrès même minime. 
- Le sourire de Tic quand il me voit arriver le jeudi depuis que je suis à mi-temps.
- Le regard de Tac qui est inquiet et vient me poser des questions pour être rassuré. 
- Leurs talents pour tout ce qui est "anti-scolaire" : le dessin, la culture, la finesse d'esprit, les jeux de mots, l'humour, l'affect. 
- Le désir de Tac de tout BIEN FAIRE, d'aider, de ranger, de remettre en place les objets physiques pour pallier au bordel qui envahit son mental. 
- Leur envie à tous les deux de faire plaisir. De réussir. De tenter. De se relever.  
- Les blagues qu'ils ont su réceptionner du haut de leurs 7 ans. 
- Leur absence totale de rancoeur quand j'étais fatiguée et totalement impatiente et que je les remettais dans leur case de "relou" connue jusqu'aux angles.
- Cette façon qu'à Tic d'être complètement dans sa bulle, et de ne jamais comprendre où est le problème (j'ai eu beau le gronder, j'ai très souvent eu envie de rire). Et de parler avec un langage plus développé que l'ensemble de ses camarades réunis.
- Cette tête lourde qui se pose sur mon épaule quand l'un s'endort dans le car. 
- Cette confiance inébranlable dans leurs yeux. 

Ils m'auront épuisée. Mais au vu et au su des progrès qu'ils ont chacun fait, j'aurai au moins la fierté de les avoir globalement ôtés de leur case le temps d'une année. Je n'aurai aucun poids sur les années à venir, mais j'espère qu'ils s'en sortiront car ce sont deux enfants brillants. Ils ne sont juste pas scolaires. Et dans ces cas-là, il faut juste tâcher de rendre leurs journées moins longues. 



TO MY FUTURE-SELF :

- J'espère que tu as réussi à ne jamais tenir compte des boîtes dans lesquelles on range les élèves d'une année sur l'autre. C'est l'un des actes les plus nocifs qui soient. Et qui les suivra jusque tard. And you know what i mean. 


dimanche 15 mai 2016

Year 2.

Fichtre, ça fait longtemps. 

Un an de White blank page. Je pensais réserver ce blog à ma première année d'enseignement, et puis j'ai eu beau chercher un nouveau titre, je n'ai pas trouvé. Du coup, je me suis dit que j'allais poursuivre celui-ci. Qu'y mettre ? La même chose qu'avant : mes jours de maîtresse, mais pas que. Tout se croise toujours.

Dans 3 mois, je débuterai ma troisième année d'enseignement. Mais j'aimerais tout de même résumer le joyeux cafarnaüm qu'a été cette deuxième année. Joyeux car chanceux, tout de même. 

J'ai appris le 31 août quelle serait l'école où j'enseignerai de septembre à ...mars. Il a fallu trouver un logement, faire des aller-retour incessants, ce qui a créé un début d'année mouvementé, mais j'ai survécu. Une petite école de campagne où je serai "titulaire à titre provisoire" sur un congé parental. Titulaire à titre provisoire. Oui parce que "remplaçant", ça demande de payer des indemnités de déplacement, donc on évite ça à l'inspection, lolol. 

Le point chance : même niveau que Year 1.

J'ai bien mis 3 mois à me faire à cette nouvelle équipe, beaucoup trop mélancolique de mon année passée et un peu carrément déprimée car l'année ne s'était pas bien terminée à titre personnel. Et en fait, je comparerai probablement très longtemps cette année à un canot de sauvetage. Je resterai "La p'tite" pour ces collègues en âge d'être mes parents, qui m'ont apporté conseils et indulgence malgré quelques accrochages. Cette classe était d'un calme sans nom comparée à celle de ma première année. 

Pourquoi? Déjà l'effet de l'expérience ? Non. Un lâcher-prise. Quand les malheurs personnels prennent tant de place que tu te rends compte que le boulot est là pour t'apporter des choses. J'ai lâché prise, je me suis beaucoup moins mis la pression, et ça ne s'en passait que mieux. J'ai rencontré des nouveaux élèves et ai réalisé que ce sera sûrement la même histoire tout au long de ma carrière : commencer septembre en se disant que notre ancienne classe nous manque, et former une nouvelle équipe par la force des choses. 

C'est drôle, j'ai encore atterri sur soit-disant "la pire classe de l'école". Mais les gars, non. L'école de campagne, c'est un délice. Pas ou peu de conflits sur la cour, des moyens et un matériel de fou, un cadre posé et respecté... J'ai passé des semaines ébahie par cette ambiance, que je trouvais totalement rétrograde les premiers jours. Je n'ai que deux années d'expérience, mais je peux déjà me dire que j'ai passé une année génialement riche. 

Depuis mars, je suis à mi-temps sur deux classes, dans deux écoles différentes. Un ce1, un ce2, un cm1, un cm2. Quand je vous dis que c'est riche. J'avais peur des "grands", mais ils sont encore si petits. Mon changement d'état d'esprit m'a permis de m'adapter, malgré la peur et les moments de maladresse encore débutante. Oui, je continue d'oublier des choses et mes qualités d’organisation sont toujours lamentables.

Il y a ces visages qui resteront toujours. En soit, j'oublierai peut-être quelques élèves (pardon à eux), mais je serai capable de m'en souvenir si on me met leur photo sous le nez. Par contre, comme l'an dernier, il y a ceux que je n'oublierai pas. Parce qu'ils sont vifs, parce qu'ils ont vraiment une vie de merde, parce qu'ils sont attachiants, parce qu'ils m'ont saoulée ou fait rire. 

- R. CE1. L'exact opposé d'un élève "scolaire", brillant et déconnecté. Relou mais tellement drôle.
- J. CE1. La définition de l'attachiant. Celui qui a plus de fatigue dans les yeux en 7 ans que moi en 25. Il a eu beau taper et m'emmerder, on a tellement avancé.
- J. CE1. Une spontanée. La bonne élève. Je saurais pas expliquer.
- G. CE2. Une légère projection de moi, enfant. C'est peut-être ce qui a pu m'agacer parfois. 
- A. CE2. La gentillesse. 
- R. CM1. Le piquant, l'espiègle, le relou. Qui parcourt tout de même le couloir juste pour dire "à lundi, maîtresse."
- S. CM1. Le besoin insatiable d'attention. Le fourbe. Mais je t'ai grillé, mon gars. Je sais ce qu'il y a derrière tout ça, je l'ai vécu. 
- B. CM2. N'ira pas en 6ème. Un peu amoureux de son adorable voisine. La limite de notre champ d'action.
- K. CM2. Le spontané. Le qui-ne-correspond-pas-à-son-prénom.

Et leurs parents. Ah, leurs parents. Je pense qu'on tient un bon sujet de mémoire, là. 


Et surtout, tous les autres. C'est peut-être une des dernières années où j'aurai eu une "classe fixe" avant quelques années où je serai baladée d'école en école. Et c'est finalement ce qui me manquera le plus. Parce que former une équipe avec ses élèves, c'est un peu la base d'une excellente année. Et si j'ai pu leur apporter ne seraient-ce que 2-3 nouvelles choses cette année, sur le plan scolaire et personnel, j'aurai réussi. 

Petit florilège des choses qui m'ont marquée cette année, pour compléter ce résumé :-) En plus de mon cahier "Brèves de couloirs", à creuser et à poursuivre les années à venir. Désordre chronologique garanti, dû à ma superbe gestion des technologies et à mon téléphone aux capacités so 2014.

De la joie du scrabble avec les élèves.
Et ça c'est quand je pensais quitter l'école, en fait je suis restée les embêter, mouarf.
Si si c'est la meyer biaire j'te jure.






Les HP apparaissent sur les tables après qu'on en a commencé la lecture offerte :)




samedi 4 juillet 2015

.

Bonne route les petits loups. Year 1 is over.

vendredi 26 juin 2015

Quand soudain.

- J'écris "Lundi 29 juin" au tableau. LUNDI 29 JUIN. Holy shit.
Hier je m'installais dans cette classe et je me demandais à quelle sauce j'allais être mangée. (après expérience : au poivre. Crémeuse et délicieuse, mais quand tu croques sur une graine de poivre, tu en baves.)

- Demain, c'est la fête de l'école. THIS IS THE FOCKING KERMESSE BUD.
C'est la première fois. Ils vont danser. Et je suis telle une mère qui sur-couvre son enfant de moult sous-pull, débardeur, pull, manteau et écharpe : c'est moi qui ai froid. J'ai un peu peur.

- J'ai dit au revoir à deux élèves cette semaine.
Oui, certains prolongent leurs vacances.

- J'ai à nouveau cette vieille angoisse de "Où serai-je l'an prochain?". Elle ne m'avait pas manquée, cette petite. Les résultats devraient tomber cette semaine. 

- Et en fait non, je n'irai pas plus loin, c'est déjà un tel tsunami dans ma tête.


lundi 15 juin 2015

Days we did expect. Last days. W-3.

Sans vouloir entrer dans le mélodrame, le rainy sunday à trois semaines de la fin est assez propice à l'introspection post-première année. Et je peux en conclure un sacré paquet de choses. D'ailleurs, je vais encore faire une liste.

1) Le tas de bouquins.

Mes étagères ressemblent à un vieux grenier. On m'a prêté/donné des tas d'ouvrages et de manuels scolaires cette année, dans lesquels je n'ai pas encore fait le tri.  Idem pour les documents. Et je ne parle pas de l'état de mon bureau Windows. Partie de rien (ou presque), je me retrouve avec des classeurs entiers de ressources pour mes niveaux, des dossiers entiers de ressources plus ou moins bonnes. Ressources que je vais d'ailleurs garder précieusement au cas où des amis en auraient besoin dans les années à venir.


2 ) Les limites acceptées & le défi patience.

La fin de l'année, c'est un peu comme les dernières minutes d'attente quand on a très envie d'aller aux toilettes. Plus on sait que ça se rapproche, moins on arrive à se retenir, ou en l'occurrence, à faire des efforts. Bon, c'est un peu sale, mais l'idée est la même. Avec la fin qui approche, je suis moins appliquée, mais moins anxieuse du boulot aussi. Un peu la qualité du défaut, voyez-vous.
Et surtout, j'ai lâché l'affaire sur plein de choses. C'est un peu triste d'un côté, mais c'est aussi comme ça, et c'est aussi le cours des choses d'une année scolaire. C'est un peu un ring de boxe. On se bat, on y croit, et puis finalement on va laisser quelqu'un d'autre poursuivre le match avec certains élèves. J'ai bien dit avec, parce que ce ne sont pas des matchs CONTRE les élèves mais bien AVEC eux contre leurs difficultés.


3) Des objectifs bien précis.

Je crois que je ne cesserai jamais de vouloir être élève, merci à mon éducation ouverte à la curiosité. Je me renseigne pour apprendre la langue des signes (chose qui m'intéresse depuis longtemps), j'ai ENFIN envoyé un mail, reçu des dates (et un tarif KOFKOF220€KOFKOF) qui ne me correspondent pas mais qui vont être renouvelées dans les mois à venir. A plus long terme, grâce à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger ou grâce à l'existence des disponibilités (congé sans solde), je vais pouvoir prolonger mes envies de découvrir, mais un peu plus loin. Objectif : Irlande, Écosse, Angleterre. Pour 10 mois, un an peut-être. Ou plus. Le boulet à traîner, ce sont les deux ans d'attente avant de pouvoir partir. Mais quand on veut :-)


4) Class' news.

Tout cela commence à s'agacer un peu. On essaie de ne pas trop penser au dernier jour, pour le moment je suis un peu rivée sur la fête de l'école. Ah, la fête de l'école, vaste concept. Faire danser 25 (20, en l'occurrence) mioches en rythme, les motiver, tout ça. Mais on y arrive. Et on y arrive même sur la chouette musique. Voyez plutôt : A place in the choir.


Voilà. Et comme j'aime associer des images qui n'ont rien à voir avec la classe, j'ajoute la suivante. Découverte toute récente : Peaky Blinders. Une merveille.

Kids, that how i'm gonna be after the last day. Mouche focking bébé.

jeudi 14 mai 2015

Dailyprof, jour 132.


Je suis validée. Eh. Je suis validée ! :D

dimanche 10 mai 2015

lundi 27 avril 2015

Fuck. Sans astérisque.

Jour 122. Championne a quitté l'école. 
Sentiment d'inachevé. 


Let go. Good luck. I trust you.


jeudi 23 avril 2015

Chers ministres.

Encore un. Les profs blogueurs se lâchent, les médias se lâchent sur les nouveaux programmes, et vous vous en prenez plein la tête. Voilà à peine un an que je suis enseignante, et jusque là je ne me suis pas permise d'écrire et de donner un jugement sur votre fonctionnement. D'ailleurs, je n'ai pas la prétention que mon jugement sera tangible. Disons juste qu'à mon retour de vadrouille, quand j'ai vu et lu le monceau d'articles sur les nouveaux programmes et les nouvelles propositions du Ministère, j'ai à peu près réagi comme ça : 



Je ne comprends pas. Je ne comprends pas et je suis déçue. Les grands mots pour dire 'nager' et tout le toutim, passe encore, car ça fait partie du vocabulaire savant de chaque domaine. J'ai parfois un peu l'impression que les personnes qui rédigent les programmes ont envie d'auto-satisfaire leur ego intellectuel, mais bon, je comprends. Mais que vous alliez vous concerter avec les professionnels du TOURISME pour créer le nouveau calendrier scolaire, ça, je ne comprends pas. 

Je viens de débuter mon métier, je ne suis pas blasée, j'ai envie de travailler dans de bonnes conditions. Tout le monde semble accepter votre façon insidieuse de malmener les jeunes enseignants dans leur répartition géographique, les postes qui ne pas annoncés, ou annoncés au dernier moment, c'est entré dans les mœurs. Soit. Mais qu'a-t-il pu se passer pour que vous pondiez un calendrier scolaire comprenant une période de 4 semaines, et une période de 12 semaines? Sérieusement? Vous aviez bu? 

Je pense que cette question est au delà des questions portant sur le contenu du programme : retirer le latin au collège, ça en fait grogner plus d'un (dont moi), mais là ça relève un peu de la résistance au changement, comme au temps où il a fallu transformer l'enseignement du latin vers le français. Passons. Mais quelle mouche vous a piqués ? Dites-moi? Monsieur et Madame les ministres? Comment êtes-vous arrivés jusqu'à vos ministères? Vous avez étudié? Vous avez appris de l'Histoire? Vous avez compris? Je suis navrée, nul n'est irréprochable, mais arrivés à ce point d'une carrière, comprenez que l'on puisse avoir certaines attentes. 

Dites-moi, Madame la Ministre, cela ne vous semble-t-il pas absurde, hors de l'entendement? Vous avez sous les yeux 4 semaines de classe où rien ne pourra être abouti, et 12 semaines dont les dernières seront stériles car les élèves n'enregistreront plus rien. Vous nous proposez une réforme des rythmes scolaires qui se met relativement bien en place (I miss you V.Peillon), et vous consultez ensuite les Lobby du tourisme pour que ceux-ci gagnent plus d'argent en décalant les vacances scolaires. 

Au delà de ma propre condition de fatigue au bout d'une dizaine de semaines, au delà-même de la condition des élèves qui s'adapteront tant bien que mal puisqu'ils n'auront pas le choix, je suis débectée par la conclusion de cette affaire : ce sont les gros sous qui dirigent le Ministère de l’Éducation Nationale. Et vous continuerez à prétendre tout faire pour le bien des élèves et les conditions de travail des enseignants. J'imagine que les pays nordiques doivent bien se marrer. 

" Les enfants, vos conditions de travail seront pourries, mais au moins, nous partirons au ski ! "



vendredi 3 avril 2015

Dans la peau du cancre.

Voilà. Voilà le titre de ma première année. Je crois que cette peste de difficulté risque de m'accrocher encore plus, tel un bulot sur son rocher. " Et recommencer jusqu'à notre nécessaire disparition de professeur."

" En d'autres termes, pas d'affolement, rien ne se passe comme prévu, c'est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passé." 


Top 10 - Les phrases quotidiennes

Voilà, je recueille depuis un moment les phrases qui se répètent chaque jour et qui en sont venues à m'énerver moi-même. Il va falloir que je creuse mes possibilités verbales pour les années à venir.

I did it again. Phew.
10) Viens me voir.
9) Est-ce qu'on peut se ranger correctement ou est-ce trop compliqué?
8) Dis, x, tu n'as pas l'impression que l'on t'attend?
7) X, s'il te plaît !
6) Si tu n'as pas envie de travailler, soit, mais tu n'empêches pas les autres de le faire.
5) Tu t’assoies, et sur tes deux fesses.
4) Paulo !
3) Et on lève son doigt.
2) Je vous attends.
1) " Ah bon? Oh la la ! " (prendre un air sincèrement intéressé) (plus facile quand c'est vraiment le cas)

Ça n'a l'air de rien comme ça, hein?

mercredi 1 avril 2015

Un outil cool, un mois de pèlerinage intensif.

La nouvelle génération d'enseignants a pour priorité l'entrée de l'éducation dans l'ère numérique. Voilà ce qui est écrit en gros en gras en noir sur les circulaires informatives. Petit topo de l'utopique et du concret.

(ce topo n'implique que ma première année et ses conditions pratiques)

L'utopique :
- Les directives sont les suivantes : apporter le plus de matériel pédagogique numérique dans les écoles. Des tablettes, des ordinateurs, des casques, etc. Mettre en place la balado-diffusion (s'enregistrer, s'écouter, écouter des consignes au format .mp3), l'échange via Skype avec d'autres écoles (à l'étranger parfois). Hein, dites, ça fait rêver? Oui oui, le jour où ma classe sera inscrite sur la plateforme dédiée aux échanges avec l'étranger, je serai un peu accomplie. Comme le jour où Internet est devenu illimité.


Le concret :
- Un ordinateur dans ma classe. Un. Bon, un et demi si l'on compte celui qui n'est pas connecté à Internet. 26 schtroumpfs. Je vous laisse faire le calcul.
- Une classe mobile (petite armoire contenant une vingtaine d'ordinateurs) mais réservée et programmée pour deux autres classes.
- Une situation géographique (étage, bâtiment séparé) créant l'impossibilité d'utiliser cette classe mobile.

Du coup, je me suis inscrite sur ce site (découvert sur un blog merveilleux), j'y ai même préparé ma classe. On peut attribuer un avatar à chaque élève, et la gestion du comportement se fait sur ce site, avec un regard pour les parents qui ont accès à internet. Chacun possède son "monstre", apparemment ça fonctionne bien. Maintenant, il faut que j'ose l'essayer concrètement. 


J'ai écrit le début de l'article il y a un moment, pour informer. Autrement, aujourd'hui, c'était le premier avril. Mon premier premier avril en classe. Je vous présente mon trophée, enfin mes trophées : 


Je peux officiellement dire que le mois de mars aura été le plus difficile de l'année, qu'il faut s'accrocher, et que cette première année c'est un peu comme une grosse poutre à traverser. Je vais réfléchir à la métaphore de la poutre, et quand j'aurai trouvé de quoi être plus explicite je viendrai éditer l'explication :)

dimanche 1 mars 2015

Et s'il le faut j'emploierai des moyens Lego®.

Hebdoprof, semaine 21
Est-ce que quelqu'un a écrit un Essai sur la difficulté à tenir un blog régulièrement? Non? Tant pis.

Achats du jour : Boîte de Lego® 580 pièces, deux loupes, deux bouquins de maths pour optimiser mes cours. C'est marrant, à chaque fois qu'on achète quelque chose, on a l'impression que ça va tout régler dans la classe. Mais non.

Pendant ces dernières vacances® (haha), j'ai vraiment "coupé" avec ma fonction de prof, je ne suis redevenue que ma nature propre : MBB. Du coup, remettre ma cape et mon masque a été passablement compliqué. Il faudrait créer un oscillogramme de ce qui se passe dans la tête d'un prof. Nous sommes samedi, je prépare ma semaine avec motivation et persuadée que ça va fonctionner, comme à chaque fois. Mais la réalité, c'est que je ne sais pas ce qui va fonctionner ou non.

Pour Thomas Sangster, désormais, ce sera les exercices à l'ordinateur. Pas d'aide de la part de la famille, il n'écrit pas, il tapera. Pour Evan (je rappelle que ce sont des surnoms), c'est plus compliqué. Lui, il sait écrire. Mais il sait aussi taper, tirer, crier, insulter, battre, se débattre. C'est dingue la force que peut contenir un mètre 12 de hauteur et des mains petites comme ça. Faut en avoir de la colère, là-dedans. 

Nous arrivons donc au mois de mars, l'inspection ne devrait pas tarder. Et la formation initiale nous rappelle gentiment en ce dimanche matin que nous avons un portfolio à créer (un document qui se situe entre le rapport de stage et le mémoire, dans l'idée). Ce document doit être rendu d'ici 2 mois, et évalué par nos tuteurs. Si je fais l'équation du temps de boulot que je prends, de celui que je ne prends pas mais que je devrais/pourrais prendre, de celui qu'il me reste pour faire autre chose, et de celui dont je vais avoir besoin pour réaliser ce document à la mords-moi-le-noeud, ça donne à peu près ça :


Oui, c'est pour nous aider. Oui, c'est pour nous faire réfléchir sur notre pratique. Oui, c'est du méta-enseignement. Oui, c'est pour les années à venir. Soit. Demandez-donc à mon cerveau de me dégager une plage horaire quotidienne pour penser à autre chose qu'à ma classe, et nous verrons. M'enfin bon.

La semaine dernière, un enfant m'a dit qu'il valait mieux s'envoyer des textos que parler. Je suis restée assez muette, j'ai demandé aux autres enfants ce qu'ils en pensaient, beaucoup ne savaient pas trop. Il avait affirmé cela avec tant de certitude dans la voix, tant d'évidence. On ne peut ni être triste (il n'y est pour rien si les technologies évoluent, et ce n'est pas un mal en soi) ni en colère (il n'a pas créé cette idée tout seul). On peut faire quoi? L'éduquer à l'échange? L'éduquer à écouter l'autre, et à prendre goût aux communications par la parole? Je réfléchis toujours, mais j'ai du mal en mon âme et conscience à me dire que je vais le laisser penser ça. Là est tout le problème : la limite infime entre notre champ d'action et le champ que l'on ne pourra jamais atteindre du haut de notre tabouret de bar.

Bon, je vais continuer d'apprendre à jouer aux échecs, je voudrais leur apprendre ensuite. Il paraît que les jeux d'esprit concentrent, aident à "focuser", alors je veux tester.

Hebdodoute : Je suis déjà en train de me demander si la boîte de Lego ne va pas être un nid à embrouilles.
Une affaire à bien mener, cette boîte de Lego.

MBB

mercredi 4 février 2015

Parfois.

Parfois, je rentre et...



Parce que :
- J'ai trop crié.
- Je leur ai mal parlé.
- Ils n'ont pas compris > j'en ai déduit que j'expliquais mal > et après?
- Je suis à court d'idées.
- Championne m'a encore sorti 12 000 "Oh yeah!" dans la journée.
- Ils se sont encore disputés pour des trucs, mais je vous jure, des trucs...
- Et j'ai (encore une fois), beaucoup trop aboyé.



mardi 20 janvier 2015

Dailyprof - La chute, et la victoire.

Métier oxymorique que le métier de prof.

Aujourd'hui, un élève de CM2 a tapé un peu trop fort dans le ballon, qui est arrivé droit sur le cercle des enseignants à la récréation. Je n'ai rien trouvé de mieux à faire, en bonne grosse lâche, que crier "Attention!" en me reculant. J'ai trébuché sur une pauvre petite CE1 effrayée, et me suis rétamée sur elle. Autant vous dire qu'elle a certainement eu la peur de son hiver vu sa réaction. J'ai cherché un peu de dignité en me relevant, bonnet sur les yeux, mais bon, c'était drôle. 

Aujourd'hui, Ch. a enfin écrit "Maîtresse" et non "Maîtraisse". Elle a eu beau me dessiner sans cheveux et ajouter "LOL" et "LOL" sur son dessin, ranafout'. Ça rattrape la championne passablement en forme de ce mardi. 

Ma tête quand j'ai corrigé son texte.

dimanche 18 janvier 2015

DAILY PROF - Bilan de la première mi-temps.


Jour 79 - L'eau qui dormait se réveille. 


Bon, je ne vais pas lister ceux que j'avais remarqués et pour qui j'avais eu un bon instinct, ceux que je n'avais pas remarqués, mais que j'aurais du et ceux que j'avais remarqués, alors qu'en fait, non. Je n'aurais pas assez de surnoms, et ça ne ferait pas avancer le schmi... voilà. 

Je me pose juste une question, à 10 jours de ma prochaine visite croisée. Que s'est-il passé la semaine dernière? Quelle question, hein. Si l'on considère le mythe de l'enfant-éponge, qui n'a de mythe que le nom, tout s'explique. Fatigants. Fatigants plus qu'attachiants. Un schéma ultra-répétitif toute la semaine : des élèves dans l'incapacité de tenir en place, d'accepter de devoir faire un effort de recherche. Des élèves qui ne gèrent ni ne relativisent la frustration, allant jusqu'à cogner, taper, insulter (eux-mêmes et les autres), faire des crises de colère ou de larmes. Les seuls moments tranquilles, c'est quand on chantait. Alors on a beaucoup chanté. Ce n'est pas pour me déplaire, mais je ne peux pas me permettre de les faire chanter toute la journée. 

Donc je cogite pour que le rythme de la classe se remette en place, j'ai préparé des jeux, on va discuter encore, on va faire des dessins libres, on va essayer de tourner les apprentissages de manière ludique, tout ça tout ça. M'enfin les gars, je fais ce que je peux hein, je peux pas pondre une pédagogie du tonnerre en 6 mois, pourtant, j'essaie. Mais quand je vois qu'en apprenant la conjugaison du verbe "être" au présent de l'indicatif, en la récitant, j'ai entendu moult "Je suis Charlie, tu es Charlie, il/elle est Charlie, nous sommes Charlie (...)", je me dis qu'il n'y a pas de secrets.

Et autre chose, quand on est censés faire grandir et évoluer une classe, et que quelque chose de probant les empêche d'avancer, mais que l'on n'y peut rien, on fait quoi? On accepte et on se résigne? Bah, non. Enfin, oui. Mais, non. Mind fuck. Je veux dire, quand 5 mois après, on oublie encore les majuscules, ce n'est pas foncièrement grave. Quand on oublie encore les -s du pluriel, ce n'est pas grave, c'est si peu de choses. Mais quand après presque 6 mois on continue à balancer son cahier, ses crayons, à insulter les autres ouvertement en pleine discussion, à parler en me regardant et à me dire "Mais c'est pas moi!" trois secondes et demi plus tard, on fait quoi? Hein? Quand on dit à l'élève Paulo "C'est 8h45 l'école Paulo" et qu'il nous répond "Oui mais ma maman elle dort tout le temps c'est pour ça, et je pourrai pas faire mes devoirs parce qu'elle dort.", on fait quoi? Et quand Th.Sangster se tape la tête au sol de colère de s'être vu refuser le droit d'aller chercher son ballon à l'étage en pleine récré, en balançant son manteau sur le sol trempé de la cour, on fait quoi? Devant les collègues, on soupire. Mais à l'intérieur, c'est la guerre les gars, la guerre. Le mieux, c'est de faire au mieux. Faire au mieux. Et retarder l'entrée dans le clan des "Oh bah lui, de toute façon...". 

La galère. Mais pas la galère de petits joueurs, la bonne grosse galère 76 rames. 

Bon, allez, allons récupérer tous nos contenants de nourriture pour mettre des dominos imprimés et plastifiés dedans, et récupérer des bouteilles pour mettre des cailloux dedans, parce que ça peut faire de la musique.
Un jour je ferai le top des Leitmotiv des Prophrases, avec dans le top 10 " On sait jamais, ça peut servir !"